Presse : L'Economiste donne la parole à l'AMPL Les commandants de bord et officiers pilotes de ligne de Royal Air Maroc observent un nouvel arrêt de travail de 52 heures. Le mouvement, le 3e depuis juillet, commence ce mercredi à 8h et se poursuit jusqu’au vendredi à midi.
Il fait suite à «l’imposante campagne médiatique menée par le management à l’encontre du corps des pilotes alternant la discréditation et l’atteinte à l’intégrité de la profession», note un communiqué de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL).
Le conflit entre RAM et ses pilotes n’a pas arrêté de défrayer la chronique depuis des mois. Les deux protagonistes se rejettent la responsabilité de la détérioration de la relation entre la compagnie et ses pilotes. Le rappel d’office de tous les commandants de bord RAM détachés à Atlas Blue a jeté de l’huile sur le feu.
Les pilotes reviennent sur la genèse du conflit. La marocanisation? L’expression, émanant de la direction selon l’AMPL qui se défend de toute xénophobie, n’est que la partie visible de l’iceberg. Statut des pilotes, école de formation, situation d’Atlas Blue… le conflit a de multiples facettes en réalité.
Pour Jalal Yaàkoubi, président de l’AMPL, il faut placer la marocanisation dans son contexte. L’accord signé avec la direction le 21 juin 2006 prévoit «la marocanisation des postes de pilotage à Atlas Blue ou autre(s) filiale(s) RAM basée(s) au Maroc». Cette disposition ne sera pas étendue à Air Sénégal en raison des «enjeux politiques». En contrepartie, pour chaque pilote stagiaire de l’Ecole américaine Eagle Jet, un officier pilote de ligne (OPL) est transféré à Atlas Blue, les nouvelles recrues de l’Ecole nationale des pilotes de ligne (ENPL) seront payées moins de 17% du salaire pour faciliter le recrutement. D’ailleurs «les nouvelles recrues nous en veulent jusqu’à aujourd’hui», indique Amine M’kinsi, 1er vice-président de l’AMPL. Le 12 septembre 2007, la direction a décidé, en attendant l’arrivée de nouveaux pilotes formés à l’Ecole, de compléter les effectifs par des pilotes de ligne disposant de licences européennes pour des durées temporaires.
Selon Yaàkoubi, l’accord n’a pas été respecté: 30 stagiaires Eagle Jet ont été transférés à RAM contre 7 OPL détachés à Atlas Blue et 17 OPL étrangers ont été recrutés par RAM avec un salaire supérieur à celui des OPL marocains.
«Nous avons proposé le transfert des OPL de RAM en CDB vers Atlas Blue avec une réduction de salaire de 22%. Ce n’est pas vrai que nous voulons garder les mêmes avantages qu'a la RAM comme l’avance la direction», tempête M’kinsi. Tout notre souci aujourd’hui est de préserver le périmètre des pilotes marocains», poursuit-il.
La direction a commencé, le 21 juillet dernier, à mettre fin au détachement des commandants de bord d’Atlas Blue. Elle les a sommés de reprendre le service au sein de la compagnie en qualité d’officiers pilotes à partir du 1er septembre 2009. Et c’est justement la goutte qui a fait déborder le vase.
Selon les pilotes, tous les maux de la compagnie ont commencé avec la création d’Atlas Blue. Le capital de la filiale low-cost de RAM, détenu à 100% par cette dernière, s’élève à 10 millions de DH. Au départ, il était prévu que RAM transfère à sa filiale une partie des avions avec l’activité charter et certaines dessertes point à point. Les plans d’affaires élaborés par RAM, sur la période 2004-2013, démontrent que la filiale sera compétitive et dégagera, grâce à l’autofinancement, une rentabilité économique et financière suffisante et que l’équilibre financier de la RAM sera sauvegardé. Or, tout cela s’est avéré erroné: «Jusque-là, Atlas Blue n’a acquis aucun avion en fonds propre», indique M’kinsi.
Pour démarrer, RAM a transféré 6 avions à sa filiale low-cost avec un équipage en totalité étranger. Raison invoquée: sous-effectif (l’ENPL a été fermée pendant 7 ans.
En vérité, seuls les pilotes ont changé. Les avions, la politique tarifaire, la commercialisation et la distribution des produits d’Atlas Blue sont assurés par Royal Air Maroc. «C’est un jeu d’écriture ni plus ni moins», ironise Yaàkoubi. Résultat: Atlas Blue n’arrive pas encore à décoller et est probablement condamnée. «On ne peut pas concurrencer les autres compagnies avec 12 avions. Aujourd’hui, AirArabia est en train de manger dans notre assiette», constate Yaàkoubi. Confier la gestion à la compagnie mère n’était pas le bon choix car le business modèle est différent. Atlas Blue a été un mauvais choix stratégique, concluent les pilotes.
Les salaires? parlons-en!
Karim Ghellab, ministre de tutelle, s’est invité au conflit entre RAM et ses pilotes en jetant un pavé dans la mare: «Le salaire moyen d’un pilote est de 87.000 DH, plus que celui d’un ministre». Pour les pilotes, c’est tout à fait faux. Un pilote en début de carrière perçoit un salaire de 40.000 DH, celui en milieu 70.000 DH et en fin de carrière il touche aux alentours de 75.000 DH. Mais, «nous payons une assurance en France de notre propre argent car les pilotes inaptes n’ont pas de CNSS», précise Yaàkoubi. Pendant longtemps, et jusqu’en juillet 2007, les pilotes n’avaient pas d’assurance, ce qui est à mettre à l’actif de Driss Benhima, PDG du groupe. Désormais, il y a une possibilité de reclasser un pilote au sol s’il est inapte, poursuit-il.
Tarik HARI
Un été pourri pour la compagnie
· Elle invite ses passagers à maintenir leurs voyages
· Le retour des MRE plombé
Si vous devez prendre un vol RAM ce matin, renseignez-vous avant à l’aéroport!
Rien ne va plus entre la direction de Royal Air Maroc et ses pilotes qui se mettent en grève ce mercredi jusqu’au vendredi à 12 heures. La tension enclenchée en juillet est montée subitement (voir ci-dessus).
Contactée par L’Economiste, la direction de RAM signale n’avoir reçu aucun préavis sur cette nouvelle grève. Au demeurant, cela n’a rien d’illégal, car aucun texte ne réglemente le droit de grève.
Quoi qu’il en soit, aussitôt informée, la compagnie déclare avoir pris des dispositions «pour assurer les vols programmés et acheminer les passagers dans les meilleures conditions». Ainsi, RAM a commencé par inviter tous ses passagers à maintenir leurs voyages à bord de ses lignes. La compagnie invite les passagers à confirmer leurs vols auprès de son call center (08 9000 0800).
Il faut dire que le choix du timing de cette 3e grève complique un peu plus la situation dans un contexte estival marqué par des pics de voyages et de retours intensifs de MRE. Selon la direction de RAM, le coût d’affrètement d’avions auprès d’autres compagnies est d’un demi million d’euros par jour. «De toute façon, ce coût reste largement inférieur que si la compagnie avait opté pour l’achat de billets auprès d’autres compagnies», précise la direction.
Ce qui n’est pas le cas, RAM préfère louer des avions et transporter ses passagers dans les mêmes créneaux horaires programmés.
Mais si le management de RAM estime le coût des affrètements d’avions à 500.000 euros par jour, l’Association des pilotes de ligne évalue ce même coût à quelque 2 millions d’euros/jour.
A la veille de la grève, l’AMPL invoque pratiquement les mêmes revendications que celles brandies en juillet dernier, à savoir «la marocanisation de la fonction de commandant de bord au sein du groupe RAM et l’arrêt de recrutements de pilotes étrangers».
A ce titre, l’AMPL insiste sur le respect des engagements pris par la compagnie, en l’occurrence les protocoles d’accord déjà signés. A en croire les grévistes, les dernières sorties médiatiques du top management de la compagnie ont mis le feu aux poudres. Allusion faite aux déclarations du PDG Driss Benhima relayées par presse interposée.
«Nous nous interrogeons sur les raisons de l’imposante campagne médiatique menée par le management à l’encontre du corps des pilotes marocains. Alternant la discréditation d’un métier et l’atteinte à l’intégrité d’une profession, cette campagne cache-t-elle des desseins inavoués?», s’interroge la corporation des grévistes.
Du côté de RAM, le management rappelle qu’il n’a pas cessé de mettre en garde les représentants des pilotes contre la médiatisation de conflits internes de la compagnie.
Autre argument avancé par les représentants de l’AMPL, le non-respect du protocole d’accord signé avec la direction générale de RAM et qui donne la possibilité aux co-pilotes de RAM de passer commandants de bord chez Atlas Blue. Un engagement que RAM n’a pu honorer, selon les pilotes grévistes.
Sur ce point précis, la direction générale rappelle que des réunions ont eu lieu avec les représentants des pilotes, lesquels ont été informés d’un projet de règlement intérieur élaboré sur la base du protocole d’accord.
Des avions-écoles cloués au sol!
La formation des pilotes est l’un des points de friction entre les pilotes et la direction de la RAM. «Sur les 7 avions-écoles que compte l’Ecole nationale des pilotes de ligne, aucun n’est en état de voler», dénonce l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL). D’autant plus que 2 à 3 avions sont cloués au sol, pour manque de pièces de rechange et de maintenance. «Le motoriste de l’avionneur Diamant est en faillite». Du coup, impossible de trouver des pièces de rechange. Du côté de RAM, l’on rappelle qu’un programme d’investissement a été engagé depuis 2006 à l’école de pilotes de ligne. Ce programme porte en gros sur l’acquisition de 10 avions-écoles, le doublement de la capacité de l’école et le renforcement des moyens pédagogiques et équipements de l’école.
Valeur aujourd’hui, l’école compte 200 élèves pilotes en formation. Ceci étant, la compagnie reconnaît que l’école a connu quelques difficultés depuis 2 ans, qui n’ont pas permis un fonctionnement conforme aux attentes.
Les raisons de ces difficultés sont multiples: d’abord, le redressement judiciaire du motoriste fournisseur de pièces de rechange. Par conséquent, la maintenance des avions-écoles se fait dans des délais assez lents. Car il fallait chercher des pièces de rechange auprès d’autres fournisseurs. Autre facteur pénalisant, le déménagement des composantes techniques de l’école de Casa-Anfa à Benslimane. Une action lourde qui a perturbé le fonctionnement de l’école.